| jeudi 26 janvier 2012, a 09:01 |
| Aral Cécile Ladjali |
Un artiste choisira toujours le mode d'expression qui annulera sa douleur. J'admets parfaitement que les peintres soient aveugles et que les plus grands acteurs soient muets voire cul de jatte. ….
….Tout mon rapport au monde et à l'effroi a changé le jour où j'ai du me dire que si je ne voulais pas mourir de peur, il fallait que je brave l'absence et que je la remplace par quelque chose d'autre. Depuis, ce quelque chose ( la musique ? l'amour ? la folie ?) marche à mes cotés. ….
….Rembourrer la vie de ces mômes avec de la musique comme un empailleur le fait pour le corps d'un oiseau mort…..
…..Toutes les névroses, toutes les peurs, toutes les angoisses viennent de l'attente, de l'épuisement de ce travail de titan (quelque soit l'âge) qui consiste à émettre des sons dans la béance des vides, à colorier les trous noirs de la mémoire, à inventer des dialogues, des causeries magnifiques, des chuchotements aimants, là où, à l'origine, il y a l'absence de tout.
Aral Cécile Ladjali |
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| lundi 16 janvier 2012, a 10:16 |
| Vivre avec son temps |
"le temps petit qu'il me reste de vivre" |
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| samedi 17 décembre 2011, a 17:34 |
| Un rêve |
Quelqu'un qui croit sincèrement que le désespoir est soluble dans l'élégance rend notre monde infiniment précieux. |
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| lundi 07 novembre 2011, a 11:03 |
| un bonheur fou |
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| mardi 11 octobre 2011, a 19:34 |
| tourner la page |
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| dimanche 04 septembre 2011, a 21:01 |
| Exils |
Assise sur sa chaise, raide, flottant dans ses habits de deuils, elle avait déjà décidé de la curée. Pas un geste d'accueil quand je passai la porte. A ma vue quelques mouvements rigides comme si mon entrée dans la pièce contaminait soudainement un univers patiemment aseptisé. Du tranchant de la main elle ordonna mécaniquement quelques miettes invisibles sur la table parfaitement nette. Probablement effrayée elle-même, par l'intensité de sa colère, elle ne posa pas sur moi ses immenses yeux, réduits maintenant à une fente. Elle me suivait par en dessous comme le chat sa souris, préalablement assommée. Elle feignait de ne plus me regarder pour se donner la chance d'un nouveau coup de griffe s'il me prenait le fol espoir de croire à une rémission.
Je ne bougeai pas, fascinée comme par Méduse. J'évitai de respirer sachant, dans toutes les fibres de mon corps que l'hallali se déclencherait au premier geste, au premier mot.
Ma bouche aux mâchoires bloquées s'emplissait d'un gout amer.
Cette femme si belle que j'avais idolâtré jusqu'à l'humiliation la plus intime, cette femme qui avait capturé mon âme durant la moitié de ma vie, cette femme sans qui je ne savais pas vivre, cette femme allait me mettre à mort.
Elle avait décidé que sa carrière importait plus que notre relation, elle me sacrifiait pour ne pas avoir à avouer ma présence à son entreprise, elle partirait sans moi. Elle prendrait ce poste et ne voulait surtout pas savoir ce que je deviendrai. Les décisions sont tellement plus faciles quand on en occulte les conséquences.
Je sentis mes pieds se dérober, à peine entrée tout en elle me poussait vers la sortie. Il n'y aurait pas d'au revoir, pas de paroles pour faire vivre un espoir, un peut être. Pas de simulacre de paix. Je glissais inexorablement à la surface glacée de son refus, de son mépris. Rien où planter mes ongles ou mes dents, pour enrayer la chute. Elle ne m'avait depuis longtemps rien laissé à saisir. Son repli était total, absolu. Elle ne me présentait plus qu'une surface lisse, sans faille comme une cuirasse. Où avait elle rangé nos 19 ans de vie commune pour me présenter ce visage parfaitement lointain et indifférent ? Elle allait me tuer et rien ne frémissait en elle si ce n'est un vague dégout d'avoir à le faire.
J'avais préparé des phrases, des choses belles à lui dire. Des choses qui parlaient d'espoir, de volonté, de tendresse. Des mots qui auraient dit une fois encore mon amour, ma tristesse et mon désir de l'aimer envers et contre tout. Contre elle surtout, tout contre elle. Mais je n'avais dans cet instant affreux, plus de mots, plus de phrase. Cette situation était un non sens, une aberration, cela ne se pensait pas, c'était impensable. C'était indicible.
J'aurais aimé au moins ne pas pleurer mais je n'y parvins pas. Cela montait en moi avec les battements de mon cœur. J'aurais voulu ne pas lui donner le plaisir de ces dernières larmes, de ces dernières supplications mais en vain. Il y a des instants que l'on sait déterminants. Quand le corps par erreur dérape et bascule du haut de la falaise, seconde où l'on est encore vivant et pourtant déjà mort. Je pleurai de rage, d'impuissance, envahie par une immense pitié à mon égard. J'allais la perdre pour toujours. Je ne survivrai pas à cette démonstration de haine, à cette privation d'elle.
Mais comme si cet accueil n'avait pas suffit il me fallut vivre la scène jusqu'à la lie. Tout était dit dès l'entrée mais il fallait couler maintenant jusqu'à la sortie. Mascarade des paroles qui se croisent sans se répondre. Les lames entrent dans les chairs avec facilité sans même qu'on les entende. Après tant d'intimité on sait où frapper pour que ça saigne. Heureusement je n'y étais déjà plus. Partiellement absente je m'étais réfugiée dans cette demi-vie demi-présence que j'avais élaborée à la mort de ma mère et qui, si elle me privait de sensations, m'évitait aussi bien des douleurs.
C'était notre dernier moment, la fin de notre histoire et je n'y étais pas. Quelque chose en moi dans cette sourde cécité organisait encore la possibilité de lui pardonner. Je ne voulais pas la voir comme un monstre. Je fis jaillir des orchestres dans ma tête quand elle m'expliqua tranquillement que tout était de ma faute. Comme je n'entendais plus rien derrière les cuivres et les cordes, je crus qu'elle en avait fini avec moi et fit l'erreur de revenir quelque peu à moi-même. Mais il y avait encore du bruit dans cette cuisine si hostile où j'avais, chaque soir, en l'attendant, préparé tant de repas. Je l'attendais tous les soirs pour manger , avec amour mais aussi appréhension. Serait elle ponctuelle, serait elle de bonne humeur ou épuisée, mutique ; sans un regard ou un remerciement pour ce qui l'attendait de saveur et de tendresse ?
Je crois que je tendis une main vers elle, j'aurai aimé la toucher une dernière fois. Pas une caresse, juste poser ma main sur cette peau qui m'avait rendue à la vie. Cette peau qui s'était offerte comme la révélation d'une attente quand celle de ma mère me fut toujours refusée. Je ne m'étais pas crue capable de vibrer avant de m'électriser à son contact. Sa peau, son odeur était un miracle inscrit dans mes gènes et recommencé à chaque contact. Je fus arrêtée dans mon geste par la douleur d'imaginer que ce bonheur absolu de son contact était perdu à jamais. Jamais plus je ne la toucherai, jamais plus je ne me sentirai pleinement en accord avec ce monde, pleinement chez moi sur sa poitrine, pleinement moi, justifiée quelque part. La douleur me vrilla le ventre et je baissai la main qui se tendait.
Sa bouche me cracha encore quelques phrases que j'étais bien incapable de comprendre. J'avais un an, 6 mois peut être et je reconnu cette voix, ce regard. Depuis si longtemps ils avaient gardé tout leur pouvoir. Mon petit corps tremblait et ne savait plus ou se cacher pour échapper à celle qui aurait du l'aimer et le protéger. Je reconnaissais le ton et la frayeur mortelle dans tout mon corps. Je crois que j'étais muette depuis un moment déjà comme je l'avais été par la force des choses il y a quarante ans. Il est des combats contre des géants que l'on ne peut gagner, qui vous terrassent à peine engagés sans que l'on sache pourquoi. Ma main abaissée avait attrapé mon manteau pour donner moins de ridicule à mon geste avorté. Vaincue, apeurée, je baissais les yeux, fixant intensément le sol comme si ma vie en dépendait, et se superposa sous mes yeux effrayés , un autre sol, un autre carrelage dont je ne pensais pas avoir le souvenir. Il n'aurait plus manqué que je m'écroule comme alors, dans ma peur et mes urines..
Elle ne se leva pas de sa chaise. Assise sa victoire était plus grande.
En refermant la porte, je tachai de ne pas la claquer un reste de dignité pensais-je, dans un avilissement sans lucidité. Dans la lenteur imposée par ce geste, telle Orphée plein d'amour, je ne pus m'empêcher de jeter un dernier coup d'œil à celle qui me chassait du Paradis, qui me privait de ma vie, qui me rendrait à nouveau étrangère à moi-même pour le restant de mes jours, en exil dans ma propre vie.
Ce ne fut qu'un instant et aujourd'hui encore je m'interroge sur ce que j'ai vu. Elle n'avait pas bougé, sèche et maigre sur sa chaise mais comme si mes yeux enfin décillés se mettait enfin à voir, je la vis laide pour la première fois. Elle, ma femme, mon rêve, mon plaisir, ma princesse Orientale était arrivée au bout du chemin. Dans mes yeux de vaincu, de paria chassé, méprisé, humilié, elle ne ressemblait plus à rien je sentis sur elle comme une odeur de mort. .
Maladroitement posée de guingois sur sa chaise elle n'était plus qu'un petit tas de vêtements. Elle n'avait plus d'âge. Seule trace de couleur sur son visage blafard, le rouge, sur sa bouche sans lèvres, avait filé et soulignait de manière vulgaire et cruelle de nombreuses ridules perpendiculaires. Comment avais-je pu embrasser cet orifice étrange sous cette absence de joues, ce bec de stryge souillé de sang.
Elle me croyait déjà dehors, son visage tout en angle, effrayant par son inexpression, était comme tombé d'un coup. La peau de ses joues se plissait de grandes rides verticales et des plis flasques se formaient sous sa mâchoire saillante. Ses yeux ne bougeaient plus. J'étais tombée sous ses coups mais elle avait l'attitude de quelqu'un qui ne se relèverait pas. Elle avait pesé sa décision mais ce fut comme si s'affichait sur son corps en un seul instant, ses futures années de solitude. Son égoïsme la tuait tout d'un coup plus surement qu'un cancer. Je vis, posé sur le sien comme un suaire, le visage de ma mère à la morgue, la mâchoire affaissée tenue par une bande pour donner un air humain à celle qui l'avait si peu été.
Mes tempes me brulaient, mes yeux encore pleins de larmes souriaient bêtement à cette porte close. Mes poumons comprimés depuis une heure se détendirent, j'aspirai l'air comme une presque noyée. J'étais en vie, j'allais vivre, j'avais survécu au plongeon de la falaise Pas plus que ma mère, elle ne me briserait.
Elle m'avait chassée sans ménagement de sa vie mais j'avais emporté avec moi la vie. J'avais emmené avec moi l'amour.
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Enfin elle partait. Minable, avec son air de chien battu, ses vêtements Monoprix et sa coupe à 100 balles. Une minute de plus et je m'effondrais. Comment peut-on être si laide, si lourde ? Aucune classe, aucune dignité. Que venait-elle chercher encore ? Tout était clair, tout était dit. Pourquoi ce plaisir à souffrir inutilement ? J'avais accepté ce rendez vous par pitié parce qu'elle l'implorait et je pensais qu'elle aurait la décence de s'y bien comporter, d'être enfin pour une fois, la dernière, comme je l'attendais. Était-il si invraisemblable d'attendre de la personne qui disait m'aimer qu'elle me marque son soutien ?
Dès l'entrée ses mains vides m'avaient mises hors de moi .Elle n'avait pas cru bon de m'apporter quelque chose. Comme si elle ignorait que l'on fait un cadeau à ceux qui partent.
En fait, je ne pars pas, ce qui comptait c'est qu'elle croie à ma fable du départ.
Elle qui se croyait si intelligente je l'avais bien manipulée.
Cela se tenait et elle a marché pauvre folle. Jetée hors de chez moi à 20 ans, je lui ai fait croire que je repartais à quarante, en patronne dans un pays trop lointain pour qu'elle m'y suive. Quelle victoire, quel pied de nez au destin. Je suis fière de moi, de mon mensonge, d'avoir réussi à lui faire lâcher prise. J'ai même réussi à la culpabiliser en lui faisant croire qu'elle ne m'aimait pas assez pour me suivre….
Elle était la, immobile, en demande, étouffante et culpabilisante comme à l'ordinaire, incapable de sortir d'elle-même, incapable au moment ou en ayant fini d'elle, j'aurais eu envie d'un peu de générosité. Mutique pour une fois quand, sure de ma victoire, j'aurais peut être pu l'entendre.
J'ai peut être été un peu dure, mais je ne savais plus quoi lui dire pour qu'elle s'en aille. Elle avait l'air complètement ahurie, elle n'a pas bougé d'un pouce, on aurait dit qu'elle ne m'entendait pas. Même son timbre avait changé, j'ai cru qu'elle allait prendre racine, sa présence m'était devenue intolérable, elle le savait bien pourtant. Je ne sais pas d'où vient en moi cette violence contre elle. Je ne crus pas une seconde à ses larmes, elle a tout pour être heureuse, de l'argent, des amis, une famille, un pays, il ne lui manque rien et elle réclame encore. Il faudrait par caprice que je reste sa prisonnière. C'est insupportable.
Voila bien longtemps que nous ne nous aimions plus et elle seule faisait semblant de ne pas le comprendre .L'avais je seulement aimé un jour ? J'aimais cette pellicule de luxe que sa culture posait entre le monde et nous mais j'étouffais dans cette relation. J'avais compris malgré tout son amour que je ne serai jamais rien à ses cotés. Oh elle m'aimait, m'idolâtrait même, et me couvrait de poèmes pour me faire bien sentir la supériorité de sa culture et de ses talents. A ses cotés je ne parvenais pas à être celle que j'aurais voulu être, celle à qui avait été promise une autre vie. L'amour qu'elle exigeait de moi m'aurait mobilisée à temps plein. Avec elle il n'était pas question de vivre, il aurait fallu s'aimer toute la sainte journée dans un immobilisme morbide et improductif.
J'aimais bien cette fable qui m'a débarrassée d'elle. Partir, prendre un poste passionnant, gagner, par la distance un peu de liberté. Plus de comptes à rendre pour quelques heures de retard. Plus de ces yeux pleins de tristesse et de reproches qui me coupaient l'appétit quand je rentrais un peu tard. Elle ne faisait rien, sinon soit disant, vivre pour moi, elle s'était même arrêté de travailler pour être plus disponible. Comment a-t-elle pu croire que je l'emmènerai alors que c'est elle que je fuis ? Je dois rester pour ma mère, je ne peux plus m'éloigner.
Si elle avait eu un peu de cet amour dont elle était si fière elle aurait compris qu'on ne quitte pas sa mère. Elle me disait que je me trompais de prison de quelle prison parlait elle ? Elle avait beau jeu de parler de liberté.
Quelle injustice elle était riche à millions et ne savait pas quoi faire de son argent sinon nous consacrer tout son temps. J'avais tant de choses à faire, à réaliser.
Pour moi, l'étrangère, l'exilée tout était constamment à prouver, à justifier. Il n'y a qu'un lieu où être parfaitement chez soi, seul l'exil vous l'apprend. Après 20 ans dans ce pays j'étais toujours l'étrangère. Le pouvoir que j'avais conquis par mon travail faisait taire les paroles racistes mais pas les aprioris et les préjugés. Il me fallait en tant que femme et en tant qu'iranienne prouver et prouver encore. Il n'y avait pas de limite à ce que je devais donner pour avoir le droit d'exister. Je m'y épuisais, je m'y brulais. Me calcinait aussi le sentiment d'injustice à devoir tant prouver quand on ne demande rien ou si peu, aux autres, les « de souche ». En vingt ans elle avait réussi à se rendre riche pour la vie, tout lui était si facile, elle naviguait dans ce monde, son monde, dans sa langue avec une aisance déconcertante. J'ai cru en me rapprochant d'elle que j'accélèrerai mon intégration mais je ne faisais que souffrir du décalage immense que je percevais entre son aisance et mes rugosités. Mon attirance, mon admiration pour sa facilité s'était teintée de jalousie, puis de haine.
L'arrogance avec laquelle elle décida de s'arrêter de travailler puisqu'elle n'en avait plus besoin…me fut intolérable. Oui c'est là que je la quittai. Dans ma tête en tout cas.
Comment lui dire. Elle ne m'écoutait pas, jamais. Quand nous discutions elle avait toujours le dessus. Sa rhétorique était implacable, elle pensait à une vitesse incompréhensible pour moi, j'étais incapable de la suivre, de répondre et pourtant je savais qu'elle avait tort.
J'ai tout fait, en vain, durant ces trop longues années pour lui prouver qu'elle se trompait quand elle parlait de cette béance ouverte en elle, par une mère soit disant indifférente. J'ai perdu mon temps à entendre ses délires, comme si une mère pouvait ne pas aimer ses enfants !
Je ne pouvais rien contre elle par la parole. Je savais juste la priver de moi pour lui marquer mon désagrément. La, devant la douleur que lui créait, l'absence de moi, je reprenais des forces, je me vengeais de toutes les offenses que me faisait son monde. Moi, empêchée par l'exil de dire qui j'étais, je lui montrais ce qu'était ma puissance.
Elle me reprochait de ne pas savoir aimer, mais peut on aimer quand on a faim quand on a peur, quand tout ce qu'on avait est parti d'un coup. Je devais me protéger, construire, reconstruire ce qui m'avait été volé. M'aimer cela aurait été m'aider dans cette reconquête mais pas exiger de moi ce que je ne pouvais donner. J'aime bien que l'on m'aime et il m'arrive dans la chaleur de ces sentiments qui montent vers moi de croire que je m'émeus. Il n'en est rien. Je n'ai rien à donner et il me faut détruire celles qui m'approchent avant qu'elles ne s'aperçoivent du vide de mon cœur. Elles s'en vont ou je les chasse. Elle, a tenu vingt ans, mais n'a pas su néanmoins m'aimer sans retour comme elle s'en croyait capable. Fol orgueil que j'ai remis à sa place. Elle a tout perdu aujourd'hui, son amour et sa confiance dans sa capacité à aimer.
Aimer est un luxe d'oisif, ce serait pour plus tard. J'avais besoin d'une camarade, quelqu'un pour m'aider et me soutenir dans mes combats, elle le fut parfois pour me plaire. Mais elle n'avait que mépris pour mes envies. Je haïssais ce petit sourire amusé sur ses lèvres pour me dire, lorsque je m'habillais couture, qu'elle m'aimerait même nue. Je haïssais, qu'elle m'assène ses remarques sur les injustices du monde quand le l'entrainais dans les palaces. Comme si je ne les connaissais pas les injustices du monde. Je les connaissais même tellement bien qu'il me fallait justement à tout prix m'en protéger. Seul l'argent pouvait mettre la distance nécessaire entre moi et la peur. Je haïssais qu'elle fasse de moi une parvenue quand je ne cherchais qu'à retrouver le confort qui m'avait vu naitre.
Elle, ne connaissait pas la peur, c'était une enfant gâtée.
Lorsqu'enfin elle attrapa son manteau avec ce geste étrange trop ample et comme arrêté dans sa course, je crus qu'elle allait tomber par terre. Il n'aurait plus manqué que ça. Elle resta debout, ne chercha pas à m'embrasser, semblait égarée, comme ailleurs, dans cet appartement qu'elle connaissait pourtant bien. Dès qu'elle eut tourné les talons et se fut dirigé lentement vers la porte je pus quitter cette armure dont je m'étais revêtue pour ne pas lui céder une fois de plus.
En fait l'armure tomba d'un coup avant même que je le veuille. C'était comme une délivrance, un fardeau immense soudain évaporé, c'était fini, nous ne nous verrions plus, je n'aurais plus jamais à me défendre d'elle, à me protéger d'elle, de ses jugements, de son amour de nantie, de ses demandes impossibles à satisfaire.
Une immense fatigue s'empara de moi, le contre coup sans doute de toute cette violence qu'il m'avait fallu déployer pour lui faire lâcher prise. J'étais libre, enfin libre.
Je me mis à trembler, mais ce n'était pas de joie, il m'aurait fallu un peu de sucre, je me sentais mal, j'avais un gout de sang dans la bouche. Heureusement j'étais assise. La tête me tournait. Tout un flot de pensées et de sensations contenues jusque là, se précipitaient en nausée derrière mes dents serrées. L'émotion que j'avais pu endiguer s'emparait tout d'un coup de mon corps, j'avais froid, j'avais peur, d'où venaient ces doutes qui me faisaient si mal ? Pour la première fois, je me sentis sans force. Où s'était enfuie ma détermination ? Comment partir au bout du monde sans ma haine ? Je ne parvenais plus à me lever de cette chaise. J'aurais voulu crier, l'appeler mais ne le pouvais pas. Je me sentais vide. Le flot de son amour que j'avais repoussé, méprisé mais qui m'avait tenu lieu de patrie pendant vingt ans avait reflué d'un seul coup, me laissant échouée, bancale sur ma quille dans une odeur de grève et d'abandon.
Je n'avais pas entendu la porte se refermer.
in memoriam simine farjadi |
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| vendredi 26 août 2011, a 18:40 |
| LA chute |
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| mercredi 29 juin 2011, a 06:48 |
| La traversée du miroir |
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| mardi 24 mai 2011, a 05:56 |
| Point final |
Le léviathan d'Anish Kapoor
Anish Kapoor a voulu expressément que nous prenions connaissance de son oeuvre par l'intérieur d'où l'aveuglement du hall d'entrée du grand Palais.Dans la juste filiation du Léviathan biblique gueule immense qui peut avaler le monde et ses créatures. Il souhaitait que cet ogre énorme nous avale avant de nous recracher, que nous soyons enfantés par lui avant de pouvoir nous en saisir. Car il s'agit bien ici d'un dialogue infini entre le dedans et le dehors, l'intérieur et l'extérieur. Tout part donc du ventre de la baleine qui nous donne c'est selon, un sentiment apaisant du bienheureux baignant dans une lumière intra utérine, ou une sensation d'étouffement, d'écrasement malgré l'élévation immense renforcée par les vertèbres de la verrière en ombres chinoises. Les voix de la foule s'apaisent, il y a comme un recueillement, on ne comprend pas tout, mais on saisit instantanément pourtant au fond de soi ce que ce lieu réveille. Est ce la légère sur pression ou le mélange d'hélium on se sent euphorique ou repoussé vers l'extérieur comme enfanté par le monstre.
Dehors le spectacle et l'émotion sont plus forts encore. L'objet a pris toute la place pourtant immense de la nef mais tout en douceur, en rondeur. Objet pénétrant, violacé, sombre presque noir, il écrase de sa taille les fourmis qu'il vient de cracher mais semble faire corps avec la nef qui l'épouse. Reine des fourmis il nous contemple impassible pendant que s'agitent tous ceux qui veulent le « prendre », exercice parfaitement vain tant la chose est imposante. Seule la nef est plus grande encore et le baigne d'une lumière crue, le griffe de ses ombres, le protège pourtant . A l'extérieur le silence est plus grand encore malgré les qualités terriblement sonores du lieu. La tête renversée on déambule sous les formidables cuisses de la bête, on se sent infime, sans prise, petit porteur de vie devant un gigantesque ovule, on touche, on heurte, on caresse on n'a qu'une envie rentrer à nouveau dedans, faire partie de ce tout avant de s'en faire écraser. |
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| samedi 30 avril 2011, a 06:56 |
| Bacon |
Je peins les choses comme je les sens, au lieu de les peindre comme elles sont dans la vie. Rien n'est vraiment comme les yeux le voient... Il faut une... une vision... pour vraiment voir !"...
La descente d'Orphée de Tennessee Williams |
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| dimanche 10 avril 2011, a 12:17 |
| Regarde le ciel |
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| vendredi 18 mars 2011, a 11:24 |
| Salon du livre 2011 |
Une jeune femme merveilleuse au salon du livre 2011 qui résume à elle seule le sentiment de cette dernière édition.
Il n'y a plus en effet que le regard qui soit noir de monde comme le dit si bien sa robe Misstic dans cet espace réduit chaque année comme une triste peau de chagrin .
Et quand on a comme elle les lettres dans la peau on ne peut qu'espérer , comme tatoué sur son épaule, que « les souvenirs redeviennent la réalité". |
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| samedi 05 mars 2011, a 08:04 |
| Akhram Khan vertical road |
Une immense réussite visuelle au théatre de la ville. |
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| samedi 05 mars 2011, a 07:40 |
| Majewski Bruegel |
Quelques oeuvres parfaitement admirables.
D'après le tableau de Pieter Bruegel « Le Portement de Croix (1564) et les textes de Michael F. Gibson, critique d'art et historien (2001).
Lech Majewski met en scène et transforme sur le principe du tableau vivant, une gigantesque fresque-installation en un récit mettant en scène des personnages du tableau et son auteur, grâce aux techniques numériques les plus sophistiquées.
A la Galerie Basia Embiricos du 9 février au 9 mars 2011.
T. 01 48 87 00 63 du mardi au samedi de 13h30 à 18h30
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| vendredi 25 février 2011, a 08:44 |
| Comme des trains dans la nuit Percin |
"Les vendredis soir, quand je rentre du sport, je les vois de loin.
On dirait des wagons aux vitres illuminées, avec des tas de petites fenêtres qui s'ouvrent sur la lumière jaune, étendus au milieu des champs, des carrés d'électricité dans la nuit de la campagne; Et puis, quand la voiture tourne dans le chemin de terre, qu'on s'engage sur la route de la ferme, l'illusion disparait. On commence à entendre le bruit que ça remue la dedans, l'odeur qui monte, la chaleur quand on se gare à coté. On voit ça pour ce que c'est vraiment.
Des étables."
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| dimanche 20 février 2011, a 08:05 |
| Eleonore Steichen |
 Elle quitta tout à 18 ans, dans un arrachement salvateur mais coupable dont on n'imagine pas la violence et les remords. Elle abandonna, pour son seul épanouissement, ceux qu'elle aimait à l'arbitraire et à la menace de mort. Tout ce qu'elle vit aujourd'hui elle le doit à cette fuite lointaine à cet abandon, acte fondateur qui décida à jamais de sa réussite et de son incapacité au bonheur. Il y a certaines dettes qui transforment pour la vie le plaisir en proposition indécente et condamnent dans une répétition infernale, à détruire toujours ceux à qui l'on s'attache.
Il y a chez cette femme, depuis ce premier exil une capacité incroyable à abandonner ce qui gêne ou qui fait tache. Aucune fidélité ne lui est plus possible, aucune compassion , une aptitude formidable à se défaire des membres morts pour poursuivre sa route. On s'étonne d'ailleurs qu'avec une indifférence pareille aux autres, proche de celle des pervers, elle n'ait pas progressé plus loin.
Elle fait disparaître tout ce qui ne la sert pas dans ce dessein impératif, cette obligation de réussite sans laquelle le sacrifice de ces proches aurait été vain. Pas de gratuité, d'élégance ou de nostalgie. On coupe, on élague, on déracine. Une lien par ci, un attachement par là on supprime tout ce qui n'est pas l'objectif , le paiement de la dette. Au milieu de la terre brulée qu'est devenue sa vie la voilà qui branle comme Napoléon en campagne de Russie. Plus d'amis, plus de passé, plus rien pour la nourrir, plus rien pour l'irriguer à force de supprimer ce qu'elle pense être des erreurs commises autrefois par quelqu'un d'autre qu'elle. Naïveté immense pour ne pas affronter la vérité d'elle même, la fuite d'elle même. Elle a tout effacé maintenant, tout sauf cette inéluctable amertume au coeur comme une écharde désagréable Alors elle a entamé une démarche de réflexion ….comme un peu de lest jeté à sa compagne du moment pour la faire taire, pour faire semblant, car la sincérité ne lui est plus accessible depuis longtemps. Peut on ouvrir les yeux sur soi quand en réponse à l'immense générosité dont on a bénéficié ce que l'on sème n'est que carnage et désolation? Y a t'il un repentir et un apaisement possible pour les grands prédateurs? La cécité, passé le premier crime, n'est elle pas une obligation pour continuer de se supporter?
Son psy, essaye de lui faire comprendre qu'un arbre ne pousse et ne s'épanouit que sur des racines, que notre histoire même la plus nauséabonde est le terreau dont nous nous nourrissons et que plutôt que d'éliminer il convient de comprendre. Vouloir d'un arbre ne garder que le tronc et espérer qu'il fleurisse c'est peine perdue. Se confronter, ce n'est pas revivre, ce n'est pas revenir en arrière, c'est juste accepter que tout ce que l'on a vécu vous appartient et a été vous un moment. Il est tellement plus apaisant de vivre en bonne intelligence avec tous les composants de soi, sans être obligée à chaque instant de se couper un bras, une jambe sous prétexte qu'ils sentent la liberté et un bonheur possible hors de la dette . Elle ne pourrait pas vivre en mettant sa mère à l'hospice et pourtant, inéluctablement elle trouve logique d'éliminer tous ses attachements. D'échec en échec elle ne désespère pas. Elle prépare son énième rempotage avec oubli de tous les bagages à la consigne où à la cave plutôt , sa spécialité pour planquer ce qui dérange.
C'est qu'on n'imagine pas tout ce qu'il y a dans cette cave. au milieu de quelques larcins....Tous ces moments si effrayants pour elle où elle a vibré, où elle a tremblé, de désir, de trouble , de joie et d'impuissance, tous ces moments où elle était enfin elle même, où elle avait le courage d'écouter la petite voix moribonde aujourd'hui qui chantait encore, jusqu'à C, jusqu'à la photo. C'est qu'on n'imagine pas non plus tout ce qu'il y a de sale dans cette cave, elle elle le sait! et elle sait qu'elle ne peut pas vivre avec cette vision d'elle même. Vu de l'extérieur cela ne semble pas grand chose, surtout en regard de la mutilante punition qu'elle s'inflige, mais pour elle, et l'exigence coupable que son père lui a planté dans le coeur c'est insurmontable.
Elle veut croire au triomphe de la volonté, elle a raison d'essayer, sa volonté est une de ses grande force et sa compagne qui ne peut que la couper du meilleur d'elle même pour ne pas être abandonnée encore, l'encourage dans cette voie dévastatrice. Elle se sont bien trouvées, chacune maintenant l'autre dans sa névrose de survie en rejouant à plaisir les scenarii fondateurs. L'abandon pour l'une, la fuite pour l'autre et le mensonge pour chacune L'une de plus en plus courbée par la peur, l'autre de plus en plus vide.
Contrairement à son psy et à son exigence de lucidité son coach lui a dit ? il faut maitriser votre image ? et ça, la maitrise, elle connait. C'est même sans doute ce qu'elle connait le mieux depuis l'exil, au point de ne plus pouvoir jouir. Cette femme si dangereuse ne pouvant se permettre le luxe d'une conscience de soi, ne vit que dans l'image fallacieuse que les autres ont d'elle alors il est important, crucial même, de contrôler cette image quels qu'en soient les sacrifices et les amputations. Elle va se remettre au boulot, essayer au moins, grâce à son coach, refermer la fenêtre de l'expression de soi. Elle en fait des efforts pour rester dans la course, pour y revenir, des sacrifices même. Peut être s'est elle rendu compte que l'expression artistique ce n'était pas son truc? Un truc de vacances tout au plus, une aspiration comme il lui en arrive une de temps en temps par bouffées inconscientes vite réprimées.. C'est si douloureux la sincérité.
Alors au royaume du virtuel à défaut de soi, elle va imposer sa marque. Elle efface les traces de sa vie qu'elle avait elle même bloguées, les aspirations sensibles et artistiques parasites. Elle noie par des enveloppes vides les signes de ce qu'elle tenta d'être, elle substitue ses mensonges officiels à sa vérité officieuse, révélant par la même une incroyable et naïve vanité. Multiplication hystérique de fenêtres ouvertes à foison sur le vide, sauf une....celle qui porte la vérité à laquelle elle aimerait que l'on croit, lisse et rectiligne, celle de sa carrière. Elle est en poste dit elle....Quel poste? peut être y croit elle vraiment.
Oui on lui souhaite de retrouver au plus vite un " poste " pour masquer derrière cette identité tarifée et sacrificielle (une identité de rechange) l'absence à soi de quelqu'un qui ne parvient plus , et l'on comprend pourquoi, à s'habiter elle même. Malheureusement, l'amour, la photo, le bonheur et même le management quand il n'est pas que l'expression vengeresse d'une frustration ne se pratiquent qu'avec soi, qu'avec sincérité et l'usage de la vérité que l'on a de soi sous peine de perdre sa vie à vivre celle d'une autre
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| dimanche 20 février 2011, a 07:15 |
| Nader and Simine Farhadi |
la séparation ours d'or |
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| dimanche 30 janvier 2011, a 08:45 |
| Gilles Barbier au Macval |
"J'ai remarqué que la vie ne s'arrange pas avec le temps".
Hanif Kureishi |
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| samedi 29 janvier 2011, a 06:55 |
| Solitude |
"La solitude préfère la compagnie véritable de ceux qui nous hantent à la sollicitude artificielle de ceux qui nous distraient."
Raphael Enthoven |
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| samedi 15 janvier 2011, a 09:19 |
| Retour parmi les hommes Besson |
"Et puis, un jour, la terre n'a plus suffi, la terre s'est épuisée, j'étais arrivé au bout, il me restait à changer d'élément, à prendre la mer."
Photo Christian Richer |
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| lundi 03 janvier 2011, a 10:06 |
| Voeux |
Un sondage international BVA- Gallup nous apprend ce matin que le la France serait le pays le plus pessimiste au monde. La réalité et l'objectivité nous oblige à considérer malgré la sensation sincère que nous en avons qu'il y a sans doute des pays comme l'Afghanistan ou l'Irak ou la vie est plus dure. Alors d'où viens ce sentiment d'abandon de tout espoir qui habite les français et dont nous ne pouvons douter. Et si cette effroyable sensation de mal être, palpable en cette période de vœux, venait du sentiment non pas de notre malheur mais de l'injustice qu'une droite décomplexée fait peser sur nous avec une telle violence et surtout une telle impunité. Car pour accroitre encore notre sentiment d'impuissance nous ne pouvons même pas nous révolter contre l'arbitraire que nous subissons puisque nous l'avons choisi démocratiquement.
Mes voeux: la prochaine fois que nous aurons le choix essayons de mieux décider pour nous. |
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| mercredi 29 décembre 2010, a 08:23 |
| Georg Oddner, Gary Winogrand |
Il y a des photos centrifuges et des photos centripètes.
Il y a des photos qui nous attirent irrésistiblement à elles, qui capturent notre regard et notre attention sans la laisser s'échapper de l'image. L'oeil est comme fasciné, englué dans ce qu'il voit et ne se lasse pas d'épuiser le plaisir que lui procure la caresse de l'image .On ne peut détacher les yeux de ce que l'on voit, on est dans l'image, elle nous parle sa langue et nous retient sous le charme, les seuls mouvements possibles se font dans l'univers de l'image d'un bord à l'autre dans l'exploration intérieure mais superficielle de ce qui nous est offert. Le sens critique est presque aboli, dominatrice elle nous tient sous son joug et nous impose son point de vue, ses « découvertes » pour notre plus grand plaisir. Elle joue de notre ambition de voyeur, de prédateur et, en se laissant prendre parfois jusqu'à l'obscénité du pixel, elle nous laisse satisfait et rassasié
Il y a des photos impossibles à saisir, leur surface est comme réfléchissante. L'œil veut s'y poser mais n'y réussit pas. Il ne peut que rebondir à la surface d'une image qui ne se laisse pas prendre. Dès que l'oeil tente une percée il est renvoyé à son imaginaire. Circulez il n'y a rien à voir. Ces images sont des tremplins, elles n'existent que par ce qu'elles déclenchent. A peine effleurées elles nous embarquent à mille lieux de là dans notre intériorité. Leur pont de vue semble absent, effacé, gommé, annihilé par le poids de notre émotion. Ces images transparentes sont insaisissables elles n'ont rien à dire, elles ne nous parlent que de nous. A peine nos yeux s'y posent ils que nos souvenirs, nos rêves affluent et viennent meubler l'absence incongrue de sens qui les habitent. « Derrière cette porte il y a le vide », notre désir s'engouffre avec agacement et volupté dans cette présence/absence si inconfortable et la meuble de tout ce qui nous fait vibrer. Ces images sont d'une distinction folle comme ces amies qui se taisent et écoutent si bien, vers qui la parole se déverse avec facilité.
Oui il y a des images qui parlent et d'autres qui écoutent et cela n'a rien à voir ou presque avec le fait qu'elles soient nettes ou floues , figuratives ou abstraites .Je crois que c'est l'âme du photographe qui fait basculer l'image d'un coté ou de l'autre. Il y a de multiples façons d'être généreux, certains donnent et d'autres font le pari de la richesse de celui qui regarde.
Et puis bien sur il y a les très grandes images celles qui à la fois nous fascinent et nous embarquent. Elles sont rares. |
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| dimanche 12 décembre 2010, a 15:11 |
| Sous l'eau |
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| lundi 29 novembre 2010, a 04:31 |
| Avec Bastien Mathieu Riboulet |
" Et nos élans adultes, se liront ils encore dans nos corps vieillis? Dans vingt ans, dans trente ans la chair de Bastien marquera t'elle d'une ombre le souvenir des trois gaillards? Ce qui restera de nous quand nous aurons fini! quelques larmes une étreinte, ou deux; peut être trois, des idées, une image, enfin de quoi tenir jusqu'à l'ombre.
On a beau dire, nos rêves ont vite fait de s'effacer sans qu'on s'en aperçoive, un beau jour on s'éveille en se disant que c'en est fait d'eux, donc de nous, et il ne nous reste dans le meilleur des cas que nos yeux pour pleurer. Les garder à l'esprit, fût ce pour ne jamais les atteindre tout à fait, suivre leur transformation au gré du temps comme on suit les transformations de nos corps sur lesquels, rides, cicatrices, affaissements et crevasses ripaillent de plus en plus bruyamment, est un travail qui requiert une grande attention, une qualité de présence au monde particulière.
J'ai cédé à la tentation du repli à laquelle tant de drames nous soumettent. Et quand je vois la cruauté s'immiscer dans le plaisir, la coercition dans l'amour , la désinvolture dans l'amitié,.....je recule encore davantage."
Mathieu Riboulet |
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| dimanche 28 novembre 2010, a 17:40 |
| Première neige |
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| dimanche 28 novembre 2010, a 17:37 |
| De Nittis |
Une merveilleuse expo au petit Palais |
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| samedi 09 octobre 2010, a 08:00 |
| Disproportion de l'homme de Laurence Plazenet |
Comment se fait il que dans la médiocrité de la rentrée littéraire ce livre ne soit pas apparu de toute évidence comme un phare, le témoin toujours vivant de ce que peut être l'écriture quand elle n'est pas asservie au commerce, de ce que peut être l'âme humaine quand elle ne hurle pas en meute avec les chiens.
Une femme et un homme s'aiment, de toute évidence mais avec incandescence dans une brulure et une exigence qui leur interdit de partager cette passion. Pourquoi n'y a t'il eu que si peu de voix pour dire l'urgence de lire cette prose scandée, brulante, témoin à bout de souffle de ce qui peut encore se dire, se vivre de l'amour dans ces temps de braderie émotionnelle et de disette affective.
Peut être faudrait il à nos critiques un peu d'humilité pour accepter de ne pas briller autant que ce dont ils se font l'écho, de louer sans se mettre en avant et de laisse parler un texte dont il est difficile de témoigner sans le paraphraser surtout si on ne l'a pas vécu.
« Il tient dans son poing fermé une femme qu'il a quittée depuis quatre ans; Élisabeth la compagne brève, sans rivale qui lui a été de toute éternité fixée puis retirée......Je n'avais pas besoin de ton visage au creux de ma main pour penser à toi. Pas un jour, pas une heure, pas une fois où j'ai joui du corps de mon épouse, je n'ai cru être dans un monde où tu serais absente
Ta disparition c'était un mensonge .
Je ne connaissais pas encore la nuit .
Je ne savais pas encore que je deviendrais sourd.
J'ignorais qu'on n'entre pas plus dans le temps qu'on en déchoit
Mais tu savais, la où tu es que tu demeurerais l'aube et la lampée qui sauve. Tu savais le chasseur noir et les corneilles. Que nous nous retrouverions.
Tu devais m'épargner cette flétrissure. Tu devais avoir pitié, m'aimer assez pour me laisser dans ma paix sans saveur ni honnêteté, parce que je ne désire rien d'autre et que le monde me fait peur. »
« Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C'est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin, c'est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée. » Pascal |
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| lundi 04 octobre 2010, a 13:26 |
| "Reviens" |
Il s'éloigne dans la nuit comme rayé, griffonné par les zébrures de la chaussée. Elle lui a dit « laisse moi vivre ma vie »
Cela aurait pu être, laisse moi vivre, c'est a dire ne m'étouffe pas, desserre un peu l'étau que tu poses sur mon cou. Mais non elle a dit « laisse moi vivre Ma vie ». C'est à dire il n'y a plus de place pour toi dans ma vie. Ma vie n'est plus la tienne, elle ne t'appartient plus, tu n'en fais plus partie d'aucune manière, tu ne l'éclaireras plus.
Il s'éloigne en prenant soin de ne pas marcher dans les flaques de sang qui sous sa fenêtre baignent maintenant et à jamais le théâtre de sa vie. Mais partout où il va comme maudit, son sang se répand sans qu'il y puisse rien. Il se vide, il se perd lui même, comme privé de fondement..
De sa fenêtre elle le regarde s'éloigner. Il n'a pas pu la voir en se retournant seul son volet atteste encore d'une dernière lueur. Elle est et sera maintenant et pour jamais dans la nuit, dans le noir. Il est parti en emportant sa vie et sa lumière.
Une part d'elle a dévalé l'escalier dans la nuit et court échevelée à sa poursuite en lui criant "reviens", elle l'a presque rejoint de l'autre coté du carrefour mais la partie d'elle qui lui hurle de revenir est celle qui ne sort jamais.
Ils sont trois à pleurer maintenant sous leurs parapluies de fortune, elle , lui, et la pluie qui malgré le temps ne lave rien. |
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| lundi 27 septembre 2010, a 11:12 |
| Emile |
Mon gout pour la nature que je croyais si faible se réveille à l'usage. Je dis bien se réveille car je retrouve dans sa pratique des sensations d'enfance que je ne savais pas y être. Le souvenir de plus en plus présent de ce grand père qui tachait de m'apprendre tant de choses que je n'ai pas retenues mais qui avait instillé l'essentiel, son amour du grand air dans son amour pour moi. |
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| lundi 27 septembre 2010, a 09:44 |
| Virgin |
Vierge? mais de quoi?
Cette pub Virgin qui fleurit en trois visuels sur tous les abris bus me rend malade! Les montages sont très bien faits, donc effroyablement genants et le claim est odieux. Odieux pour les vieux dont on voudrait faire croire qu'ils se lancent avec une énergie et un enthousiasme ,qu'il convient de tempérer, dans le vieillissement comme une terre promise. Promise oui sans doute mais pas le Paradis. Odieuse pour les jeunes dont on sait la douleur à sortir de l'enfance, la difficulté à se sentir bien et le besoin irrepressible et salvateur de s'extraire au plus vite de cette période difficile. Alors qui est la cible? Cette période bénie de quelques années où on a la liberté, le pouvoir d'achat, mais pas les rides?.
Il n'y a pas que Nicolas le petit qui soit décomplexé, il entraine dans son sillage les seuls qui adorent son message immonde: les entreprises privées. Après leur avoir vendu la justice, la santé etl'éducation, restreignons la culture aux mieux disant économiques.Ceux qui ont encore la capacité de se soigner, de se loger de se chauffer et de se distraire. Mais si ces gens savaient lire où en avaient le temps, ça se saurait, ils se souviendraient du dernier européen à avoir aussi drastiquement cassé tout les acquis de la démocratie en s'appuyant sur l'industrie.
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| samedi 25 septembre 2010, a 07:50 |
| Reverdy |
" j'ai tellement besoin de temps pour ne rien faire, qu'il ne m'en reste plus pour travailler" Reverdy
"ces gens occupés sont des morts vivants qui n'ont conscience d'exister que dans la mesure où ils remplissent quelque misérable emploi professionnel" En revanche seuls les oisifs savent s'abandonner aux stimulations du hasard; Ils prennent plaisir à exercer gratuitement leurs facultés, tandis que les gens occupés sont sans curiosité, car ils sont incapables de paresse. Leur nature n'est pas assez généreuse pour cela." Stevenson
Tellement heureuse qu'une certaine l'ait enfin compris. |
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| mardi 21 septembre 2010, a 10:46 |
| l'Enquête de Philippe Claudel |
Une merveilleuse fable désespérée sur la difficulté de trouver du sens.
"A ce moment précis, qu'on aurait pu encore dater même si cela ne servait plus à grand-chose, il eut une autre pensée sans fondement logique, une fulgurance lumineuse mais destinée à une mort immédiate, comme peuvent l'être les grands feux d'artifice dans les ciels obscures de nuits d'été : il pressentit que tous les endroits par où il était passé, toutes les rues empruntées, les murs longés, les immeubles aperçus, le bar du premier jour, l'Hôtel et même le Poste de Garde, le cône de verre avec le bureau du Responsable, peut être même le bureau du Psychologue n'existaient déjà plus- ce en quoi, d'un certain point de vue il avait raison-, qu'ils n'avaient en vérité existé que durant le bref moment de son passage parmi eux, et qu'il en était sans doute ainsi des êtres croisés, disparus eux aussi, anéantis en même temps que les lieux qui les avaient vus vivre s'étaient anéantis, pétris dans une léthargie sans retour métaphorisés par l'Empêchement de niveau 6 du Guide, et que cette disparition globale complète, irrémédiable signalait peut être la faillite de sa mémoire, l'épuisement de ses facultés intellectuelles et psychiques qui ne lui permettait plus de rien conserver, et qu'il s'apprêtait alors à devenir un être, qui tout simplement n'allait plus être, rejoignant le destin de tous les êtres qui finissent un jour par mourir même si, pendant toute la durée de leur existence, ils ne cessent de mettre en doute cette implacable évidence."
"C'est en ne cherchant pas que tu trouveras. Je suis peut être la cause de tout ceci ainsi que la conséquence ? Le début et la fin de la boucle ? Qu'en savez-vous ? Vous m'appelez le Fondateur, mais qui sait, je pourrais être aussi le Fossoyeur, non ? Cela me conviendrait mieux ! Souvenez vous de tous ces containers. Je suis entouré de cadavres. Allons dépêchez vous de répondre à ma question, vous n'êtes pas éternel. Vous m'avez affirmé que vous étiez l'Enquêteur. Vous aviez une mission, un rôle, un but et même si vous ne pensez pas l'avoir atteint, il n'en demeure pas moins que vous savez toujours qui vous êtes et pourquoi vous l'êtes, mais moi qui suis-je en vérité ? On m'a mis un balai dans les mains, je ne sais plus quand, mais ça ne rime pas à rand chose. Quelle est ma fonction ? Qu'ais je donc fondé selon vous ? JE SUIS LE FONDATEUR DE QUOI ?"
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| Présentation |  Un amour perdu vous vole le gout de vous-même avant celui de la vie.
Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite.
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| commentaire(s) | Toutounov cat (29/01/2011 08:30)vous avez raison Phi... Toutounov Phil (28/01/2011 18:25)Qui se permet de don... Toutounov cat (20/11/2010 05:45)c'est super mig... Toutounov Anna (20/11/2010 00:14)Je suis allez à l... Jardin Pei 411 Canada (15/07/2010 17:27)Comment une photogra... Toutounov ENERI (14/07/2010 16:23)VOUS AVEZ TOUS RAISO... Toutounov Nidrareg (22/06/2010 10:54)Vrai! Un artiste doi... |
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